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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 20:54

L’ouvrage de PUECH, Homo sapiens technologicus, Philosophie de la technologie contemporaine, philosophie de la sagesse contemporaine, constitue une véritable somme sur la réflexion suscitée par le phénomène de la technique et les bouleversements civilisationnels qu’on lui attribue. Ce n’est pas parce que c’est l’un des derniers livres parus sur la question qu’il est le plus intéressant, c’est, outre la synthèse effectuée, sa capacité à remettre en question des lieux communs, qui avant d’être des idées reçues, ont été des idées avancées par des philosophes se répartissant en deux camps opposés, les uns contre, les autres pour, les technophobes et les technophiles. L’intérêt majeur du travail de PUECH est de dépasser des positions qui, pour être légitimes, en raison même de leur partialité, verser dans la caricature. Sont ainsi passées au crible de la critique les deux positions apparemment antinomiques que sont : l’autonomie de la technique et la neutralité de la technique. Deux extrêmes d’un même genre, celui du découpage classique en fins et moyens, qui fait abstraction de la relation intime que nous avons avec la technique :

« Dans un monde technologique, ce qui est fin comme ce qui est moyen ne se laisse pas facilement ranger de part et d’autre d’une ligne de partage utilitaire. Notre existence est bien plus finement intriquée dans les réseaux de renvoi, qui ne sont pas tous d’ustensilité. (…) Je n’utilise pas des outils, je vis, paisiblement et confortablement, en maintenant avec les objets qui m’y aident, une relation incontestablement affective, émotionnelle. Une analyse des relations de pouvoir et d’asservissement entre ces artefacts et moi passe à coup sûr à côté de l’essentiel. » (p.48)

Technophobie et technophilie sont des positions erronées. Rejeter en bloc la technique, c’est oublier que « nous devons notre vie et notre humanité à des artefacts » (p.27). Ne pas exercer la moindre réserve à l’endroit de la technique, sous prétexte que l’on n’arrête pas le progrès, c’est être dans une position d’attente d’une promesse, attente qui ne peut déboucher que sur de la frustration, attente qui est le contraire même de l’action.

« Nous attendons de la technologie qu’elle fasse ce que nous avons à faire nous-mêmes : un monde meilleur. Pourquoi avons-nous perdu cette évidence ? Parce que nous préférons les images de promesse aux discours de sagesse. » (p.123)

Chez PUECH, la réflexion sur la technologie ne saurait être périphérique : « La radicalité de la question sur la technologie en fait une question de philosophie première. » (p.9) Aussi l’auteur effectue-t-il, avec une minutie qui n’est pas sans rappeler celle d’Aristote, tout un travail de regroupements, de classifications, d’analogies, comme celle de l’évolution des artefacts et celle des êtres vivants, et enfin de distinctions conceptuelles précieuses, que ce soit pour la culture de l’honnête homme ou pour le candidat aux concours (l’agrégation interne de philosophie a à son programme la technique). En vrac, science, technique (p.21), technique, technologie (p.23), la machine, l’outil (p.34), avec cet artefact particulier qu’est la prothèse (p.34), utile, efficace (p.50 sqq.), habiter, construire, piller (p.55), le progrès, l’évolution, le naturel, l’artificiel. Ce travail de distinctions conceptuelles débouche sur la requalification de concepts cruciaux, comme ceux de frontière et de synthétique, et la formulation de notions inattendues, comme celle de « niche existentielle ». Philosophie première et philosophie existentielle se croisent ainsi, lorsqu’il est question de penser la technologie.

« Pas plus que le langage, la technologie qui forme la trame de nos formes de vie ne peut être réduite à de l’utilitaire. Car l’usage dont il s’agit n’est pas une utilisation neutre, tout au contraire : c’est une appropriation incessante, pleine de significations et produisant des significations. C’est un engagement existentiel. » (p.68)

L’existence humaine selon PUECH doit être pensée à partir de la « description d’un système de coévolution à trois : humain / technologie / nature » (p.103). S’ensuivent deux conséquences : d’une part, il n’y a pas de réflexion philosophique consistante qui puisse faire l’économie d’un des trois termes, et d’autre part, la technique n’étant ni un destin (p.56) ni la cause exclusive de l’évolution sociale, du fait même de son absence d’autonomie, une action de la part de l’homme est possible. Pas d’existence humaine sans technique, pas d’existence humaine sans maîtrise, la conclusion s’impose : pas d’existence humaine sans technique maîtrisée.

Si vous tenez à préciser certains points, rappelons que Michel PUECH prévoit d’être présent à Soulac, le samedi après-midi 4 septembre 2010, pour les rencontres sur l’environnement. Train, co-voiturage, déplacements éco-responsables et convivialité. Sur place, la plage et l’auteur en personne. Comment dit-on déjà, « joindre l’utile à l’agréable » ?

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Published by sylviejustome
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