La marée haute a apporté hier dans la laisse de mer de nombreuses capsules d'oeufs de raie, d'espèces variées :

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La marée haute a apporté hier dans la laisse de mer de nombreuses capsules d'oeufs de raie, d'espèces variées :

C’était la dixième édition de la Fête du livre à Soulac, organisée par l’association Ecume.doc (Evasion-culture-Médoc) et, une fois de plus, un beau succès, dont le grand soleil, le vent violent et le froid vif ont été finalement complices !
Bien des sujets, bien des auteurs de ces 14 et 15 avril 2012 rejoignaient les préoccupations majeures d’Agora : le dessinateur Fabien Moustrou dit « Sully », qui nous avait donné l’affiche de notre toute première conférence en juillet 2009, rappelez-vous les deux cigognes cherchant un bon endroit pour construire leur nid – et dont le nouvel album imagine la victoire des animaux sur la fonte de la banquise au pôle Nord ;
le Phare de Cordouan, en quelque sorte invité d’honneur, avec la rencontre samedi après-midi avec Jean-Marie Calbet, le président de l’association de sauvegarde du phare et Serge Andron, le gardien qui y terminera sa carrière en juin 2012 ;
le beau livre Une famille de l’estuaire, de François Jouison, qui raconte, en texte manuscrit, photos, collages, aquarelles, avec un charme immense, quatre générations d’hommes de mer ;
l’éditeur des Dossiers d’Aquitaine, dont le stand réunissait aussi Jean-Clément Roucayrol (qui prépare un nouveau volume sur Georges Mandel), Philippe de
Bercegol, dont on trouvait l’histoire de La Basilique Notre-Dame de Soulac, Christine Dalhem, Jean-Jacques Deogracias, André et Annick Desforges ;
le nouvel Abécéd’eau, d’un collectif avec Michel Suffra, Michel Cardoze et Jean Suhas, ce dernier offrant des anecdotes gastronomiques plus que savoureuses !
Et puis bien sûr, la Librairie de Corinne, avec par exemple Cécile Pouget, la jeune dessinatrice, couturière, inspiratrice et narratrice
avec ses quatre Escogriffes en coupons de récup tissant les cultures du Laos et de France ; Jean-Paul Lescorce avec ses photos anciennes exceptionnelles sur l’histoire de Soulac, de ses pontons, de ses maisons et de ses habitants ; la Librairie L’Hirondelle, présentant L’Abécéd’eau et mettant l’accent sur des éveilleurs de conscience, comme… mais oui, J.Ellul ! L’éditrice Delphine Montalant, avec Manon Moreau et son Vestibule des Causes perdues, toujours aussi appréciée ; et beaucoup d’autres encore, en harmonie avec le souci de l’accord entre l’homme et la planète.
Bref, beaucoup de belles rencontres, qui confirment la cohérence du tissu médoquin (cette orthographe en clin d'oeil avec un auteur...) et de ses associations, bien nécessaires et bien vivantes.
Impossible d’échapper, cette semaine, aux reportages et avis de parutions sur le 11 mars 2011 : Fukushima. Voir aussi sur ce blog notre compte rendu détaillé d’une émission récente sur France Culture.
Cet après-midi dimanche 11 mars, à Bordeaux, à partir de 14h, « chaîne humaine » en solidarité avec les Japonais. Le rendez-vous est à la Maison éco-citoyenne, sur les quais de la Garonne.
Comme dit Aragon,
« Dans ce pays plein de cendres amères
Il va germer ce que les cieux semèrent
C’est un avril avant le temps venu
C’est un enfant de parents inconnus
Et comme au vent un peu d’eau qui frissonne
C’est un enfant qui ne tient de personne
C’est un enfant entre hier et demain
Tout le passé dans le creux de sa main »
Aux citoyens d’inventer l’avenir : rien n’est encore écrit, nous sommes libres et donc responsables. Mais ce n’est pas l’individu qui est libre, c’est l’ensemble, qu’on l’appelle « réseau », « cité », « humanité », non ?
Mardi prochain, sur Arte, ne manquez pas une soirée "Thèma" consacrée aux conséquences de la catastrophe de Fukushima, le 11 mars dernier.
Conséquences là-bas, mais aussi en Europe.
Conséquences matérielles, sanitaires et physiques, mais aussi dans nos esprits...
2012 est l’année du centenaire de la naissance de Jacques ELLUL. C’est l’occasion de republications et de colloques sur un auteur dont l’œuvre considérable s’étend du champ politique et juridique à celui de la théologie, avec pour pierre de touche une réflexion critique sur la technique, qu’il considère comme « le facteur décisif pour expliquer l’ensemble des phénomènes de notre temps » (Ellul par lui-même, p. 58).
Le dernier week-end de septembre aura lieu le troisième festival d'Agora à Soulac : il sera consacré aux enjeux de l'eau et revisitera l'oeuvre de Jacques Ellul (voir nos articles précédents et le compte rendu de l'AG du 5 novembre)
Rappelons très succinctement quelques éléments de son analyse. En pleine guerre froide, Ellul constate que les deux blocs s’opposent sur certains points, nullement en ce qui concerne la technique. Et s’il y a aujourd’hui une globalisation, c’est sur la technique qu’elle s’appuie. Il est étonnant de constater qu’en dépit de ce qui, il y a quelques années, était redouté sous la formule de « fracture numérique », celle-ci ne correspond à rien aujourd’hui. Il y a bien une fracture sociale, pour reprendre le terme de fracture, il y a bien des très riches et des défavorisés, il n’empêche, tout le monde a un portable. S’il ya une séparation entre les hommes et les femmes, ce n’est pas en ce qui concerne l’accès à la technique, mais au savoir, à la compétence technicienne. D’où un second point de l’analyse de Jacques Ellul : l’émergence d’une nouvelle aristocratie, celle des experts qui sont devenus les puissants d’aujourd’hui à tel point qu’ils ont barre et sur l’économie et sur le politique.
Ce phénomène n’a pu voir le jour que grâce à des valeurs qui lui ont été propices, au premier rang desquelles l’efficacité, la rationalité, le travail, l’utilité et le bonheur matériel. Cela signifie qu’une société au sein de laquelle la rationalité a pour finalité la contemplation, pour laquelle le travail est une activité vile, partant réservée aux esclaves, pour laquelle le bonheur auquel les hommes peuvent prétendre ne peut concerner que cette partie qui les distingue de tous les autres êtres, savoir l’intellect, une telle société ne connaîtra pas cet accroissement de la technique au point de devenir un phénomène englobant. Les valeurs grecques du quatrième siècle avant notre ère, reprises par Hannah Arendt, une œuvre philosophique dont on peut noter la complémentarité avec la réflexion sur ce point de Jacques Ellul, ne sont plus les nôtres. Notre mode d’existence est sans partage conditionné par la technique.
Où est donc le problème, puisqu’ on a incontestablement gagné en efficacité et qu’à la faveur d’un recul de la croyance religieuse, il est « normal » de se rabattre sur ce bonheur que nous pouvons goûter ici bas, bonheur permis grâce au progrès technique précisément ? Question de bon sens, semble-t-il, à laquelle on ne saurait trop quoi répondre. Le problème, selon Ellul, c’est que le prétendu progrès technique se paie très cher. Outre que les difficultés suscitées par la technique sont autrement plus lourdes et plus complexes que les solutions apportées, le gain de puissance a pour contrepartie une perte du sens. On peut juger a posteriori la menace d’une fracture numérique comme une pure ineptie : la technique ne rencontre aucun obstacle pour s’imposer. En revanche son extension a pour envers un dépérissement de la culture. Ellul récuse qu’il puisse y avoir une culture technicienne. La technique se cantonne aux moyens. Parmi les caractères fondamentaux de la technique, en plus de sa foncière ambivalence, Ellul insiste sur l’absence de finalité : la technique est un processus aveugle, alors même que l’essence de la culture réside dans la détermination de fins à partir desquelles l’existence humaine se voit dotée d’un sens. La puissance pour la puissance, ce ne peut être une fin en soi, ou alors il s’agit d’une fin absurde. Pour Ellul, la société technicienne, société dont les institutions mêmes sont dominées par les règles du système technicien, est à la poursuite d’une telle absurdité.
Peut-on s’échapper ? Y a-t-il des ilots de résistance envisageables ? Ne pourrait-on pas revenir en arrière ? Non. Selon Ellul, la technique est le totalitarisme accompli, universel, assurant de manière autonome son auto-accroissement.
Moins de deux décennies après sa mort, peut-on dire que Jacques Ellul s’est trompé ? A-t-on constaté un infléchissement du phénomène qu’il a minutieusement analysé à partir des années cinquante ? Ici encore, la réponse est selon moi évidemment négative. Quel écho son œuvre peut-elle avoir auprès d’une classe d’âge pour laquelle il n’est pas moins naturel d’avoir l’oreille collée au portable, en sorte d’être en communication et en connexion, que de porter une fourchette à sa bouche pour manger ? La pensée critique est-elle seulement audible auprès d’esprits évoluant dans l’univers technicien comme des poissons dans l’eau, esprits nés il ya dix-huit ans, alors même que Jacques Ellul quittait ce monde ?
Ellul parle d’une obnubilation pour tout ce qui est technique, quel que soit le domaine considéré. Il semblerait que l’on n’en soit plus tout à fait là : on n’est jamais obnubilé que pour ce que l’on perçoit encore comme extérieur à soi. Mais lorsque la technique est devenu un milieu se substituant et à la culture et à la nature, alors elle fait partie de la vie, elle détermine des besoins vitaux, ou, pour le dire autrement, elle est devenue vitale au sens précisément, où l’existence sans la technique est tout bonnement conçue comme non viable.
Là encore, est-ce que c’est si grave ? Est-ce qu’il y a lieu de s’en alarmer ? Les ingénieurs, les experts ne font-ils pas leur travail avec compétence, sérieux et rigueur ? Ne peut-on leur faire confiance ? Ils ne sont pas idiots, après tout. Ils ont bien fait des études pour en arriver là. La chose est incontestable. Mais quelles études ? Le grec, le latin, l’histoire, la philosophie, les humanités, non ou si peu, mais quelle utilité à tout cela ? Imaginons un enseignement que l’on pourrait qualifier d’excellence, destiné à produire l’élite d’un pays, qui rendrait optionnelles, pour ne pas dire marginales, les maths et la physique : on crierait au scandale ! Or, qui s’émeut aujourd’hui de la marginalisation du grec et du latin ? Les ingénieurs ne sont pas idiots, ils ont tourné le dos à toute culture. Pour les experts techniciens, une autre société, fondée sur un autre système que celui de la technique est « utopique » : le réel est là et il s’impose à chacun de nous. Dont acte. Mais la technique est énergivore et les ressources énergétiques ne sont précisément pas inépuisables. La technique est absurde, parce que sans but, aujourd’hui Ellul pourrait ajouter, alors même qu’il a insisté sur l’absence de possibilité de prévision du processus technicien, absurde parce qu’on peut en prévoir désormais l’issue : droit dans le mur.
Jean-Pierre Guichard
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